14 juin 2016

Camille, 32 ans, Caen

De quoi ta vie est-elle faite en ce moment ? Quelles occupations, préoccupations, pensées, inquiétudes, joies, ras-le-bol, aujourd'hui ?

Je suis revenue vivre en Normandie chez mes parents, et je cherche à me réorienter professionnellement. Ma vie est plus faite de ras-le-bol et de remises en question que de pensées sereines en ce moment. Je ressasse une grosse déception professionnelle qui a eu lieu il y a pourtant presque un an déjà ; j'ai du mal à me remettre de mes échecs de 2015 qui a été une année terrible.

Officiellement, j'attends qu'un miracle se produise et que tout s'arrange dans ma vie,
car j'ai l'impression d'avoir déjà fait beaucoup de compromis, concessions et de choses qui me déplaisaient. Officieusement, j'ai beaucoup de projets, tant professionnels que personnels. Je pense aussi toujours à des projets de longue date que je reprends régulièrement mais qui n'ont toujours pas abouti. Tout est difficile à mettre en œuvre en ce moment, j'ai du mal à faire des choses personnelles dans un endroit qui n'est pas à moi et où je n'ai pas d'espace pour moi. Je culpabilise de ne rien faire, je trouve que ça donne une mauvaise image de moi, et de plus je sais que c'est en travaillant sur mes projets personnels que je retrouverai plus de sérénité et de confiance.

Ceci dit, je ne fais pas vraiment « rien » : je viens de terminer un costume pour ma sœur, qui produit son premier spectacle solo de fil-de-fériste. Nous avons travaillé longtemps sur ce projet mais nous avons eu beaucoup de mal à nous comprendre et ce qui aurait pu être l'occasion de faire une vraie création, très personnelle pour elle comme pour moi, a plutôt été un projet boulet qui n'en finissait pas. Résultat, je suis bien contente de passer à autre chose même si l'approche de la première est très excitante et que j'ai hâte de la voir sur scène.

A côté de ça, j'essaie aussi de faire un book de mes réalisations passées - ou d'organiser plusieurs books (couture/costumes/restauration/création textile) suivant la même ligne éditoriale. Je suis partagée entre le plaisir de revoir et de mettre en page les images de mon travail, et une certaine amertume en pensant au temps et à l'amour mis dans ces créations sans jamais avoir été prise au sérieux.

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Ce que Camille voit de sa place à table.

Tu es créatrice-couturière-costumière ? As-tu envie de parler de tes sources d'inspiration, de ce qui t'enchante, te fait rêver, de ce qui t'enthousiasme, te plaît, te donne envie dans ce domaine-là ? Et toi, quelles choses aimerais-tu faire ? Des costumes de spectacle, comme celui pour ta sœur, un univers où tout est possible ? Quelles matières aimes-tu travailler ? Et lesquelles n'aimes-tu pas du tout travailler ? Quel est le moment que tu préfères dans la réalisation d 'une création ? Et celui qui te plaît le moins ?

Je suis costumière de formation. J'ai fait des costumes pour des particuliers et des petites compagnies, mais j'ai plus travaillé en tant qu'habilleuse sur des spectacles. Ce que je préférais, c'était le stress avant un changement rapide de costume pendant les représentations, mais aussi la mise en place dans les loges et sur le plateau pendant la journée. J'adore les stocks de costumes. Pendant un moment, j'ai pensé pouvoir me spécialiser dans la gestion de stocks et espéré travailler à ce poste dans un grand théâtre, mais les places sont très chères.

Évidemment mon maître à penser dans le domaine du costume de spectacle est le merveilleux Léon Bakst. J'aime aussi les costumes contemporains avec des tissus lumineux, des matières nouvelles ; le vêtement de 1910 à 1950 (à peu près), les habits traditionnels. J'ai un faible pour les costumes de danse en général. J'aime un peu tous les tissus, les imprimés surtout, et les tissus enduits. Mon problème c'est que j'ai du mal à couper mes tissus préférés, je ne trouve pas d'idée assez parfaite pour oser les sacrifier. Je les garde et du coup leur fonction est de me rendre contente quand je les vois.

Ce que je n'aime pas du tout travailler ce sont les mousselines et les voiles. Je n'aime pas préparer le tissu, placer le patron, réaliser des choses en plusieurs exemplaires. J'aime couper, épingler, assembler. Les créations que je fais à titre personnel sont très inspirées du monde du costume. Je travaille la matière pour la rendre moins plate, plus narrative, j'essaie que ça corresponde à un univers particulier. Les thèmes qui malgré moi reviennent sans arrêt sont les sirènes, Frida Kahlo, les oiseaux.

J'aime travailler sur des tissus anciens, des vêtements démodés. C'est plus compliqué et plus long qu'en achetant du tissu au mètre, mais le résultat est unique et la matière n'est pas vierge, c'est inspirant.

Un de mes projets est de créer des costumes pour les enfants, pensés comme des costumes de théâtre, des petits costumes uniques correspondant pour chaque collection à un spectacle imaginaire.

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Pantalons de la folle jeunesse de Camille (2001-2005)

Camille - unvoisin.canalblog.com
Camille fabrique des doudous, des "bancals" comme elle les appelle. Celui-ci date de 2009.

Camille - unvoisin.canalblog.com

Camille - unvoisin.canalblog.com

Marionnette en cours de réalisation (2009).

Est-ce-que tu as toujours voulu devenir costumière ? Qu'est-ce-qui t'a donné cette envie ? Comment as-tu découvert ce monde-là ? Avais-tu un rapport ou un goût particulier aux vêtements/tissus/costumes/déguisements/motifs/dessin quand tu étais enfant ou adolescente ? As-tu hésité avec une autre destinée au moment de postuler pour des écoles après le bac ?

Depuis toute petite j'ai toujours été très créative. Une institutrice a conseillé à ma mère de m'inscrire aux beaux-arts, j'y suis allée pendant huit ans, le mercredi après-midi. Ça m'a appris des techniques très diverses, mais l'important était la démarche créative personnelle plus que l'excellence technique. J'aimais spécialement tout ce qui était travail en volume et la gravure. Enfant, je me suis beaucoup déguisée, il y avait une grande malle à déguisements dans le grenier chez mes parents avec plein de trucs.

Adolescente, j'adorais les vêtements qui sortaient de l'ordinaire, aux couleurs vives. Quand j'étais en 5e, ma mère m'a fait un pantalon avec les quatre morceaux (un pour chaque côté de jambe, ndlr) de tissus différents : un orange à pois blancs, un à carreaux, un rayé vert et orange et un bleu marine à fleurs. J'allais au collège avec ! L'autre pantalon que j'adorais était un pantalon pattes d'éléphant blanc à gros pois rouges. Au lycée, j'ai appris à coudre. Je me suis fait une belle panoplie de fringues marrantes à cette époque, avec des tissus que j'achetais au marché.

Au collège, je voulais être peintre ou ornithologue (j'ai toujours adoré observer les oiseaux). Au lycée, j'ai hésité entre arts plastiques et arts appliqués. J'ai finalement choisi arts appliqués car à ce moment-là je voulais être styliste. Je ne sais plus trop comment je me suis dirigée vers le costume. J'aimais beaucoup le vêtement mais je ne me reconnaissais pas dans le milieu de la mode ; et à cette époque j'admirais ma grande-sœur qui étudiait en arts du spectacle et évoluait beaucoup dans ce milieu depuis plusieurs années : j'ai (peut-être ?) pris un peu du vêtement et un peu du spectacle, ce qui a donné costumière. J'ai déposé des dossiers dans les établissements qui dispensaient le Diplôme des Métiers d'Arts costumier-réalisateur, j'ai été prise, et voilà.

Je n'ai pas travaillé dans le costume tout de suite après, je suis d'abord partie à l'étranger comme fille au pair plusieurs années. J'ai continué à coudre pendant cette période car les familles pour lesquelles je travaillais ont toujours fait en sorte que j'aie une machine à coudre à disposition.
J'ai travaillé pour une costumière et pour des petites compagnies. Du coup, j'ai découvert le monde du spectacle (de manière professionnelle) très tardivement, et en tant qu'habilleuse. J'aimais beaucoup travailler dans ce milieu, faire en sorte qu'un spectacle ait lieu, connaître le fonctionnement des structures, le régime de l’intermittence, les coulisses des théâtres. Mais en réalité, beaucoup de gens y travaillent quotidiennement sans s'y intéresser, ce n'est pas du tout motivant, l'hypocrisie est reine, l'argent est roi, c'est fatigant.


Je voudrais revenir sur ton expérience de jeune fille au pair : où es-tu partie ? Quel effet est-ce-que ça t'a fait de partir loin de tout ce que tu connaissais, as-tu ressenti une liberté infinie, t'es-tu sentie toute petite dans la grandeur du Monde ? Fait-on des choses (vit-on des choses) qu'on n'aurait jamais osé vivre/faire dans son propre pays ? Quel souvenir gardes-tu de ces expériences ? Es-tu intimement marquée par cette période-là, et si oui, de quelle façon ?

Je suis partie six fois en cinq ans, dans quatre familles, j'ai gardé six enfants. Je rêvais de tour du monde sac au dos, mais le principe de l'au pair m'a tout de même séduite, j'étais nourrie et logée c'était une bonne façon de commencer à voyager. Je me suis sentie plutôt à l'aise, j'étais sûre d'être en train de vivre des trucs vraiment géniaux.

Ma première destination a été Barcelone, j'y ai appris les bases de l'espagnol mais j'ai préféré le catalan, et l'aventure a commencé dans la famille suivante, au Mexique. Vivre hors d'Europe était une première pour moi, je n'ai pas été déçue. Puis en Grèce dans les Cyclades, j'ai vécu mes meilleurs moments de fille au pair. J'ai travaillé trois fois dans cette famille, entre deux j'allais au Mexique, sac au dos cette fois. J'avais une vie toujours en mouvement, j'étais souvent assise dans un avion, côté hublot. A Barcelone par exemple j'emmenais la petite chez son père à Milan ou à Lugano une fois par mois. Quand il n'y avait pas besoin de moi là-bas, j'allais chez ma grand-mère près de Vicenza, je lui faisais la surprise. C'était cool, j'étais à la fois à la disposition des gens et à la fois très libre.

Ma dernière expérience a été très courte car elle s'est mal passée… J'étais retournée au Mexique, dans une famille espagnole : de vrais monstres ! Il a fallu élaborer un stratagème pour organiser ma fuite (!) et aller porter plainte pour la confiscation de mon passeport, ça a pris des semaines et comme on était en pleine affaire Cassez le consulat était partagé entre porter plainte (car un passeport appartient à l'état qui le délivre) ou laisser couler. Ils ont préféré la deuxième option. J'ai pris un appartement, j'ai fait refaire mes papiers, et je suis restée un an (ça c'est une chose que je n'aurais pas faite en France !).

Du coup mon passeport est à mon ancienne adresse mexicaine. Il faudra le refaire bientôt et ça tournera une page de ma vie. Cette période de voyages réguliers est très importante pour moi, j'y pense souvent, elle a été faite de découvertes sur les gens, sur moi, la politique, le fonctionnement du monde, ça influence ma façon de penser actuelle. J'ai beaucoup aimé tous les lieux dans lesquels j'ai vécu, les maisons comme les villes. Je pense au Mexique chaque jour, des petits flashs, des souvenirs anecdotiques me maintiennent quotidiennement dans la nostalgie de ce beau pays. Retourner y vivre est un rêve merveilleux. Pour moi tout est vraiment parfait là-bas, j'ai tout de suite adhéré à la musique, la cuisine, les transports, les odeurs, l'histoire, l'accent.

Je garde le souvenir très tendre de chaque enfant que j'ai gardé -j'entends encore le son de leurs voix, surtout de Claudia qui aura bientôt 14 ans et dont j'ai des nouvelles régulièrement (facebook aidant) et de Léa que je suis revenue garder à plusieurs reprises. J'ai aimé vivre dans ces familles, à chaque fois c'était un milieu et une façon de voir les choses très différents, c'était intéressant de me rendre compte de leurs priorités dans la vie, de ce qui était important pour eux.

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Au Mexique, à Cuernavaca (l'image de droite a été prise trois avant que Camille ne vive dans l'appartement d'en face !)

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A droite, une femme au marché de San Cristobal de las Casas, Chiapas, 2008.

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La photo de droite a été prise à Parikia dans les Cyclades en 2007.

Tu parles de flashs, de souvenirs anecdotiques qui te reviennent un peu tous les jours, tu peux en raconter un ou deux ? Et si jamais ils te reviennent dans des contextes précis de ta vie actuelle, tu peux préciser lesquels ?

Ce sont des petits souvenirs qui reviennent à la moindre occasion, une odeur, une situation, une musique, un sujet d'actualité, tout et n'importe quoi. C'est assez difficile à expliquer du coup.

Par exemple, la semaine dernière les averses à répétition qui s’abattaient sur le jardin m'ont fait penser à ce jour à Campeche, c'était la saison des pluies, il avait plu à torrents pendant des heures puis le soleil et la chaleur étaient revenus et tout avait séché en deux temps trois mouvements. J'étais assise sur un petit muret le long d'une haie de bougainvilliers pour voir passer le défilé des enfants des écoles, les gens arrivaient en masse, c'était l'attraction du jour. A côté de moi deux petits pépés discutaient, l'un dit à l'autre « je n'ai pas pu résister, j'ai pris mon savon et j'ai été me laver dehors sous la pluie ».

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La gare routière de la Mesilla, frontière Mexique-Guatemala côté Guatemala, 2009.


Peux-tu raconter un souvenir d'enfance exquis ?

Un souvenir d'enfance exquis ? J'en ai des tas! Quand j'étais petite nous partions ma grande sœur et moi en vacances en Italie avec mes grands-parents. On prenait le train de nuit Paris-Venise, nous dormions sur les couchettes du bas, moi tête-bêche avec ma grand-mère, ma sœur tête-bêche avec mon grand-père. Ça sentait la cigarette. On s'endormait tout de suite et on ne se réveillait qu'au petit matin. On buvait du café au lait de la thermos marron, et c'était déjà l'heure de descendre à Vicenza. La gare est tout en marbre, avec des fontaines d'eau potable. Mon grand-père me portait pour que je puisse boire. Il faisait beau et chaud, ça sentait l'Italie, ça bruissait l'Italie, c'était le début des vacances.

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Souvenir d'enfance en Italie (1987).

Où peut-on te croiser par hasard ?

Me trouver par hasard : dans le tram.

Posté par couac couac à 15:53 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


19 mai 2016

FreD, 48 ans, quelque part pas loin de la Loire

De quoi ta vie est-elle faite en ce moment ? Quelles occupations, préoccupations, pensées, inquiétudes, joies, ras-le-bol, aujourd'hui ?

Ma vie est faite d'un rêve de Tiny House : savoir si ce projet pourra se réaliser, mais aussi comprendre si c'est un vrai désir ou un désir de "remplir" ma vie d'un projet.
Je tiens à le savoir avant pour être vraiment sûre de moi.
En fait je pense que c'est un vrai désir en accord avec mon chemin depuis bientôt 3 ans, celui de me dépouiller petit à petit des couches qui m'encombrent, matériellement, émotionnellement et spirituellement.

Je ne veux pas être dans le "trop" et "trop" est très vite atteint pour moi. Je pense que c'est aussi parce que je suis justement "trop" enthousiaste, "trop" naïve, "trop" confiante et que j'ai "trop" d'envies (de faire , de créer, de ne rien rater, de vivre…), du coup je crois que j'essaie de me freiner  pour arriver à être plus mesurée, ce à quoi j'aspire aussi, car je trouve cela plus apaisant : moins juger, moins parler, moins bouger, être plus dans l'être que dans le faire.
C'est un état difficile pour moi mais je crois que j'apprends.

Vivre dans un petit espace, sobre, épuré mais beau et écolo, et posé dans la verdure, c'est peut être une bonne façon d'acter ce chemin là.
Donc mes inquiétudes sont financières et sur le fait de trouver un terrain et d'apprendre à lâcher prise en se disant que si ça doit se faire cela se fera.

D'autres préoccupations sont liées au fait d'avoir arrêté de payer mon loyer pour enfin obtenir une réponse de mes proprios et de l'agence immobilière à mes demandes.
Je fais les choses dans les règles (courrier AR , commission de conciliation) mais je n'aime pas être dans l'illégalité, c'est de l'inconfort pour moi.
Néanmoins je n'aurais pas osé il y a quelques temps et je me rends compte que je me laisse moins marcher sur les pieds.

Avec les punaises du boulot aussi - ça c'est une vraie contrariété et une vraie source d'inquiétude. Ce climat malsain de commérages, mésententes et mauvaise ambiance est très énergivore et je ne vois pas de solution pour que ça s'arrête mais peut être ce CDI est-il l'opportunité pour avoir la Tiny House et qu'ensuite avec ma maison sur le dos comme un escargot je pourrai décider librement quel choix professionnel faire.

Disons que j'ai l'impression que rien n'est hasard et que je peux apprendre de toutes ces situations pourries ou pas.
On ne décide pas de son passé mais on peut décider de son avenir à chaque moment.

Mes chiens me procurent beaucoup de joies, ce sont des contraintes certes mais elles sont tellement dans l'instant présent et dans la joie pure, tout est nouveau chaque jour, elles m'aiment inconditionnellement, que je sois bien lunée, de mauvaise humeur, mal habillée ou toute jolie, du moment que je leur donne leurs croquettes en temps et en heure - c'est très reposant comme relation.

Être dehors dans ce débordement de couleurs et de sons et d'odeurs du printemps est aussi une très grande joie, c'est comme si j'oubliais chaque année que ça va revenir, que les jours vont rallonger, qu'il va faire chaud et que je le vivais pour la première fois à chaque fois.
Je trouve ça chouette que même à mon âge, il y ait encore plein de premières fois.

2013-08-27 15        2015-11-06 08
Chez de chers amis de FreD, un ancêtre de Tiny House / Une vue vue par FreD chaque matin en partant travailler.

 
Tu as un désir de sobriété, est-ce-que ça a toujours été le cas ?
Si tu as besoin d'une attache parisienne, tu en achètes une boîte, qu'est-ce-que tu fais du reste de la boîte pour ne pas qu'il traîne au fond d'un tiroir ? (c'est une question anecdotique mais c'est comme ça que, personnellement, je me retrouve encombrée !)
Comment imagines-tu la Tiny House de tes rêves ?
Crois-tu en quelque chose ?

Quand j’étais petite, je n’étais pas du tout à la mode, mes parents ne nous achetaient pas beaucoup de vêtements et j'enviais quelques copines hyper stylées (elles fréquentaient la Droguerie, folie), elles avaient le talent de s'habiller l'air de rien (aujourd'hui je sais qu'en fait c’était des filles riches) et moi je me sentais hyper terne à coté, on habitait un coin friqué mais comme mes parents étaient en logement de fonction on n'avait pas les mêmes moyens, je me sentais toujours à la traîne et décalée.

J'aurais pu tomber dans la consommation facilement pour rattraper mais mon père était super grave avec ça, il achetait (encore maintenant) tout et n'importe quoi et ça rendait ma mère hyper anxieuse.
Cet exemple m'a totalement freinée, la peur de manquer d'argent et tout compter m'ont complètement façonnée.

Mais ma conscience de la sobriété et de l’épure n'est venue qu'après je crois - mais voir mon père acheter des conneries à tour de bras , sans nécessité et sans réflexion m'a beaucoup fait réfléchir sur ce que je voulais moi. Pas de crédit si possible, pas d'achat pour rien, pas d'achat de compensation (bon ça m'est déjà arrivé).

Ensuite, le père de mon fils gardait tout absolument tout et lorsque nous nous sommes séparés et que j'ai enfin respiré dans l'appartement, j'ai eu envie de laisser ce vide qui me faisait tellement  de bien et je me suis rendu compte à quel point la dépendance aux objets m'oppressait.

J'aime les jolies matières et le bois, mais je suis contradictoire aussi car j'aime les choses légères et c’est rarement le cas du bois, de la pierre ou de la porcelaine.

J'ai eu une période où j'achetais pas cher dans les brocantes des objets avec une histoire mais même s'ils sont beaux, s'ils ne sont pas dans mon histoire finalement ça ne sert pas.

Et puis j'ai découvert il y a environ 12 ans les écrits de Dominique Loreau (L'art de la simplicité) et j'ai eu le sentiment que quelqu'un comprenait enfin ce que je ressentais.
J'ai fait des erreurs, des erreurs d'achat, des erreurs de choix pratiques qui finalement ne me correspondent pas, et désormais je réfléchis (ou j'essaye) à ce qui fonctionne le mieux pour moi.

J'ai pas mal déménagé ces derniers temps aussi et faire le vide rendait les choses moins coûteuses et moins lourdes et finalement il n'y a rien que je regrette.
En général j'essaie de me passer des choses, mais je veux vivre quand même confortablement - mais je sais que pour la Tiny House, il va falloir que je fasse vraiment le vide (mais j'y gagnerai en confort).

Pour les attaches parisiennes je ne sais pas (c'est les trombones ?) en général j'en récupère à la librairie quand il m'en faut un.
Mais par exemple je suis du genre à jeter le premier stylo qui ne marche pas et à ramener régulièrement à la librairie, les bics que j'ai en trop, les tasses en trop, ce genre de choses qui peuvent servir à tous.

Je vais direct à la déchetterie par exemple, aux Emmaüs ou aux containers porter mes trucs, ça ne traîne pas.
En général quand j’achète un vêtement, un autre dégage (Le bon coin, Emmaüs ou récup' si abîmé ou trop vieux). Pareil pour les chaussures.
J'arrive à me tenir à ne plus acheter de laine pour finir mon stock, je ne garde pas mes livres, ni les magazines courants (je garde Kaizen et Happinez).
Je n'ai qu'un seul shampoing, un seul savon, et une seule crème.
Pour le ménage, du savon noir et du vinaigre (mais un peu trop de chiffons microfibres).

Mais je vais inspecter les choses une à une au fil des jours qui viennent pour les passer au filtre Tiny House...
Pour celle-ci , je vais faire confiance à l’équipe de Baluchon, mais on va faire les plans ensemble pour que cet espace soit conçu vraiment pour mon mode de vie.
C'est aussi ça l'exaltant de l'histoire, on ne va pas placer les éléments en fonction de murs ou de fenêtres mais penser les murs et les fenêtres en fonction de mes besoins et de mes envies.
J'ai évidemment plein d'idées (et mon compte Pinterest aussi).

Je n'ai pas de religion particulière, j'ai eu une éducation catholique basique mais je n'aime pas tellement cette façon de voir les choses.
Je crois plutôt aux forces des esprits, de la nature, aux forces telluriques, à l’énergie.
Je pioche partout, surtout dans mes lectures.
Je suis attirée par les penses japonaises, chinoises (en médecine particulièrement) et par l’espèce de fatalisme des asiatiques.

2016-05-04 06        2016-04-24 09
Ce qu'on voit de la fenêtre de la cuisine de FreD. / Ce que voit FreD depuis sa place à table.


Quelle serait ta vie idéale pour dans dix ans ? Et as-tu une idée de société rêvée ?

Tu m'aurais demandé il y a exactement 3 ans, je t'aurais répondu "pareil que maintenant , toujours dans ma librairie, toujours avec mon chéri, et en ayant aménagé une maison top et un jardin, en ayant cultivé un bon réseau d'amis, bien installée à Chartres".
Or tout a explosé en vol et chaque année m'a amenée à changer depuis : de travail, de vie, de maison, d'endroits.
Plus de chéri, pas de vie sociale (c'est-à-dire un réseau de connaissances avec qui avoir des activités et des loisirs), des amis chers au loin avec lesquels j’échange par mail ou par téléphone, mon fils dans une autre ville avec sa vie à construire.
Donc je n'ai aucune réponse pour dans 10 ans, je ne sais même pas pour dans 3 mois...

Je me souhaite néanmoins pour dans 10 ans, une vraie bonne santé faite de choses saines et de sérénité, me permettant de réaliser ce que je veux sans frein physique (sans trop de frein physique).
Je me souhaite aussi d'avoir gagné en sagesse pour projeter de la sérénité et de la bienveillance vers les autres.
Je me souhaite un certain confort de vie, pas forcément beaucoup de matériel, mais ne pas avoir à y penser.
Pour le boulot je ne sais pas, vraiment, je ne me vois pas dans cette librairie telle qu'elle fonctionne actuellement mais on ne sait jamais comment les choses évoluent.

L'idée que nous évoquons parfois avec mon amie Gaëlle, comme une plaisanterie, de faire un béguinage me semble chouette et à creuser.

J'aimerais ne plus avoir besoin d'argent (avoir hérité ou gagné au loto) pour m'installer au soleil avec ma Tiny House et juste profiter de toutes les journées qui passent au gré du vent : mais ça c'est un rêve, je ne peux pas en faire un projet puisque la base est aléatoire (le gain d'argent).
Dans ce rêve, un petit poste bénévole dans une jolie bibliothèque ou un café tranquille à mon rythme, oui ce serait bien.
En fait j'aimerais un travail sans impératif d'argent pour pouvoir donner envie aux gens d'être là sans contraintes. A réfléchir.

Parfois je me dis aussi que j'aimerais vivre aux Pays-Bas parce que j'aime leur dynamisme et leur façon de voir les choses, ou en Écosse pour la beauté des paysages, mais j'aime le soleil et la chaleur.
Je ne me vois pas en ville, mais il ne faut jamais dire « fontaine... »...

Pour la société, je crois au salaire minimum qui laisserait aux gens le choix de leur vie.
Je ne crois pas aux vertus de l'ambition et j'aimerais que les gens soient plus bienveillants à leur petit niveau qu'avec de grandes démonstrations : c'est bien de dire "je suis Charlie" par exemple, mais si tu te comportes comme une punaise avec ton voisin ou ton collègue ou ton commerçant, pour moi ça n'a pas de sens.

Ensuite je suis une solitaire, j'ai du mal avec les rassemblements, les équipes, etc. Je trouve que ça brasse vite du vent.
Et les échanges d’idées sans rien de concret, pour moi, c'est hyper énervant, mais j'admire les gens tranquilles qui peuvent vivre comme ça.
Moi, quand je dis, je fais et je suppose que c'est hyper énervant pour mon entourage.

Je ne crois pas aux valeurs politiques, même si bien évidemment les valeurs extrémistes me dérangent.
Je suis individuelle mais je pense que je pourrais vivre dans une communauté aux biens mis en commun si j'avais mes espaces de liberté pour quand j'en ai besoin, parce que je ne suis pas non plus si solitaire que ça et j'aime bien échanger et écouter les retours des autres.


Est-ce-que tu as une (ou plusieurs) idée de quelque chose qu'on peut faire, chacun à son échelle, pour que le monde tourne plus rond ? Pour s'impliquer dans l'amélioration du monde si jamais on le trouve pas terrible ?

Sourire aux autres, à tous, tout le temps, partout.
Avoir l’élégance de ne pas trop se plaindre, même quand c'est difficile, même quand c'est moisi (si on peut, parce que c'est difficile).
Ne pas colporter de propos malveillants.
Planter des légumes partout pour tous, pour que les gens aient à manger de bonnes choses, se parlent et participent comme ils ont envie.
Repenser l’école pour que chacun puisse trouver sa place sans idée de compétition.
Continuer à croire qu'on vit chez les Bisounours , on s'en prend peut-être plein la gueule  mais on est plus droit dans ses bottes.


Où peut-on te croiser par hasard ?

On peut me croiser 5 jours sur 7 à la librairie mais pas vraiment par hasard.
Dans les vignes avec mes chiens autour de chez moi jusqu'assez loin.
Et peut être au hasard de la vie et des routes avec une Tiny House en  remorque.

Posté par couac couac à 22:37 - - Commentaires [14] - Permalien [#]