le voisin

12 octobre 2016

Auriane, 25 ans, Guibeville.



De quoi ta vie est-elle faite en ce moment ? Quelles occupations, préoccupations, pensées, inquiétudes, joies, ras-le-bol, aujourd'hui ?

J’ai l’impression d’être à un tournant important de ma vie. Je suis à l’aube de mes 25 ans, le quart de siècle, j’ai encore toute ma vie devant moi mais j’ai aussi déjà vécu beaucoup de choses. Le tournant, je le caractérise par des ruptures, des continuités... Je m’explique. Tout d’abord dans ma vie professionnelle. Je suis diplômée depuis bientôt 6 mois, et je suis à la recherche de mon premier emploi. Quand je l’aurai trouvé, cela enclenchera tout un champ de possibilités pour moi : être indépendante financièrement, quitter définitivement le nid familial et avoir mon propre logement, profiter de la vie plus que je ne le fais maintenant en sortant, en partageant de bons moments avec mes amis. Rencontrer de nouvelles personnes, et je l’espère, trouver celui qui partagera un bout de ma vie. Mais pour l’instant, je ne peux pas vraiment, et c’est assez frustrant. Je suis obligée de compter sur d’autres pour me déplacer, pour m’héberger quand je ne peux pas rentrer chez moi le soir parce qu’il n’y a plus de transports en commun... Tout est lié à cet emploi, et j’ai hâte que cette période de doutes et d’incertitudes cesse pour profiter pleinement de ma vie.

Sinon, en attendant, j’essaye de diversifier mes activités. Je travaille bénévolement pour une association, c’est agréable de sentir qu’on peut être utile à d’autres. Je nourris ma passion pour le projet du Grand Paris en me rendant à la plupart des colloques, débats, ateliers qui permettent d’échanger sur le sujet. En plus de m’apporter des connaissances, je me dis que ça peut être une bonne porte d’entrée pour le boulot (j’ai une formation en urbanisme, et ça serait vraiment un rêve de pouvoir travailler à temps plein sur ce projet !). Je vois mes amis, l’été qui arrive m’encourage à programmer tout un tas de sorties. Rien que pour les prochains jours, je vais aller voir dans un bar le match d’ouverture de l’Euro 2016 avec une amie, je vais bruncher avec des amies pour mon anniversaire, le week-end d’après je continue les festivités anniversairées avec d’autres amis. Et j’ai plein de projets en réflexion : aller faire du vélo le long du canal de l’Ourcq, faire des pique-niques, un karaoké, passer un week-end à Londres chez une copine... J’ai toujours mille idées qui me traversent la tête, mais j’ai du mal à les mettre en application parce que je ne trouve pas tout le temps les personnes réceptives en face de moi. Mais j’essaye de prendre ça positivement, en me disant qu’un jour, j’arriverai à accomplir tout ce que je veux, en faisant plaisir aux gens autour de moi, et aussi en me rendant heureuse !


Qu'est-ce-qui te plaît dans le Grand Paris ? Que penses-tu que le Grand Paris peut changer pour les parisiens et les franciliens ?

Le Grand Paris, c’est un grand projet qui traite plein de thématiques touchant la vie quotidienne des Franciliens. Quand on pense qu’avec le nouveau métro, on pourra diviser ses temps de trajet par 2 ou par 3, c’est magnifique ! J’avais étudié un exemple précis : actuellement, il faut 1h pour aller de Clichy-sous-Bois / Montfermeil à la fac de Marne-la-Vallée. Pourtant, une ou deux communes séparent les deux lieux. Avec le métro du Grand Paris Express, le temps de parcours sera de... 6 minutes ! C’est extraordinaire ! Et puis il permettra de prendre en charge plus activement les problèmes de logement, d’environnement, cela créera de l’emploi et permettra à Paris de tenir le rang des grandes métropoles mondiales. Le seul problème, c’est que le projet du Grand Paris n’en est encore qu’à ses débuts (mais ça fait 15 ans qu’il est en gestation), et il a du mal à évoluer positivement. Pour beaucoup, cela reste un « machin politique ». Les citoyens ne sont presque pas associés au projet, on a tendance à réduire celui-ci aux futurs transports... Pour ma part, j’aimerais vraiment qu’on prenne en compte l’avis des métropolitains. Alors même si je n’habite pas dans le périmètre de la Métropole, je participe à des ateliers de co-construction de la Métropole, j’assiste à des débats. De mon initiative personnelle, j’ai créé un blog (cliquer ici : Envolées Métropolitaines). Mon objectif est de rendre le Grand Paris accessible à tous, de fédérer les gens autour de ce projet. Mon blog est récent, mais qui sait, peut-être qu’un jour mes réflexions donneront des idées aux décideurs (ou alors je deviendrai moi-même décideur et j’appliquerai toute seule mes projets !) !

Après, le temps de l’aménagement, entre le projet, les travaux et la mise en fonctionnement, est très long. Les gens veulent que cela change tout de suite, et c’est difficile de se dire qu’il va falloir encore attendre quelques années avant d’avoir de nouveaux transports, des logements, de l’emploi. Il faudra se montrer patient, mais quand la Métropole du Grand Paris aura accompli ses premières actions, alors peut-être que l’on s’y intéressera plus. Je l’espère !



Je te sens pleine d'enthousiasme et de rêves pour le monde, pleine d'allant : as-tu des idées de choses concrètes qu'on pourait améliorer, inventer, changer, dès maintenant, en France ou ailleurs ?

Je ne sais pas vraiment. On en a tous je pense, on ne se satisfait jamais vraiment de ce que l’on a, alors qu’on a déjà beaucoup de choses, trop de choses. On peut essayer de faire bouger les lignes à notre échelle, mais il y a souvent des freins. J’aimerais bien consommer plus local par exemple. C’est bon pour l’environnement, les producteurs. En Île-de-France, on a plus de ressources qu’on ne le croit. Mais cela a encore un coût, et comme ce n’est pas moi qui décide de ce que l’on mange en fonction du budget, je ne peux pas encore exaucer mon vœu. Autre chose. On est plein à vouloir de meilleures relations entre les gens, que chacun apprenne à se connaître, qu’on échange dans le respect de l’autre. C’est toujours plus compliqué à mettre en œuvre dans la réalité. Par exemple, je ne connais pas trop mes voisins. L’idée m’a traversé l’esprit d’aller déposer un petit mot dans leur boîte aux lettres en leur souhaitant une bonne fête des voisins. Je ne l’ai pas fait. Par peur d’être jugée par mes proches qui n’auraient pas vu l’intérêt de cette démarche ? Je ne sais pas vraiment... On aspire à un retour à la communauté, où l’on partagerait nos outils de bricolage, notre matériel de cuisine. Mais honnêtement, combien le font vraiment ? Chacun est enfermé sur soi et se permet de critiquer dès que cela ne va pas dans son sens. Ça fait un peu pessimiste comme vision, mais il faut voir aussi la réalité. Alors si j’avais une idée pour changer les choses à mon niveau, ça serait peut-être d’oser, de dire ce que l’on pense vraiment. Parce que cela fait du bien à tout le monde, même une remarque qui peut être négative de base peut être transformée en quelque chose de poli qui sera bien compris par les deux interlocuteurs. Pour le positif, je me souviens, une fois, j’ai vu une dame d’un certain âge avec une tenue magnifique dans le RER. Elle est descendue à la même station que moi, et j’ai osé lui dire ce que je pensais. Au final, je me suis sentie super heureuse de lui avoir dit, et elle a sûrement dû être touchée que quelqu’un lui dise qu’elle était belle. Je pense que je pourrais encore dire plein de choses, car tout ne me plaît pas dans le monde dans lequel nous vivons. Mais plutôt que de partir sur des discours grandiloquents sur les riches trop riches, les politiques qui n’écoutent pas le peuple, je préfère déjà voir ce que moi je peux faire à mon échelle pour que la vie soit un peu mieux.

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Ce que Auriane voit quand elle attend le RER à la gare.


Tu es, pour cette période de transition entre étudiante et travailleuse, chez tes parents : est-ce-que tu loges dans ta chambre d'enfant ? L'as-tu laissée dans son jus d'avant, l'as-tu déjà transformée en « ta chambre de quand tu n'habiteras plus chez tes parents » ? Quels sont les éléments de décoration qui sont là depuis toujours ? Quels sont les objets, les trucs, qui parlent de l'Auriane actuelle ? Comment sont les murs de ta chambre ? Y as-tu accroché des choses ? Est-ce-que tu déménageras ta chambre dans ton futur logement, ou est-ce-que tu auras envie de la laisser telle quelle chez tes parents ?

Ah ma chambre ! Toute une histoire... A vrai dire, il y a déjà eu deux transitions entre le moment où j’ai commencé mes études et maintenant, parce que j’ai deux fois quitté le domicile familial pour un logement étudiant, puis j’y suis revenue. La première fois, c’était lors de mes trois années de prépa. Je déménageais ma chambre d’étudiante chaque été pour éviter de payer un loyer pour rien. Alors la première année, quand je suis rentrée avec une bonne cinquantaine de livres supplémentaires par rapport à mon départ, il m’a fallu acheter des étagères ! Mais depuis, ma chambre n’a pas vraiment changé. Mes parents m’avaient déjà refait ma chambre il y a 12 ans, pour changer le papier peint enfantin Bambi en un papier peint plus « adulte », avec des fleurs (j’ai été extrêmement compliquée sur le motif du papier peint, on a fait 13 magasins pour le trouver !) Je n’aime pas trop le changement, même si j’y aspire tout de même. Je garde beaucoup de choses, j’ai du mal à ranger (ce qui provoque de nombreux conflits au sein de la cellule familiale !) J’aimerais bien une chambre plus « moderne », à l’image de celle de mon frère, qui a refait toutes les peintures et le sol il y a 2-3 ans ; elle a des couleurs douces, elle est bien rangée, bien décorée, il a des meubles fonctionnels, sa propre télé, un lit deux places... Moi j’ai encore mon lit d’enfant, j’ai des petites peluches qui traînent dans mes étagères pour « décorer ». Certaines vont bientôt rejoindre le carton à peluches parce que j’en ai vraiment trop ! (j’en profite pour passer un message à ceux qui me liront : oui, j’adore les peluches, surtout quand elles ont un air trop mignon et qu’elles sont toutes douces. Mais je vous en supplie, arrêtez de m’en offrir à mon anniversaire, je ne sais plus où les caser ! Et si vous manquez d’idées, une bouteille de vin fera très bien l’affaire !) Sur les murs, le grand changement que j’ai fait récemment, c’est de retirer toutes les peintures Numéro d’art que j’avais faites enfant. Je n’en ai conservé qu’une. J’ai retiré aussi un poster de petits chats... Mais ça m’a pris du temps pour prendre la décision. J’ai deux petites étagères remplies de bibelots – souvenirs de vacances, de famille. Ça prend la poussière, mais je ne me vois pas m’en séparer. 

 Finalement, il n’y a pas eu de changements majeurs ces dernières années. J’ai un pan de mon armoire couvert de photos d’amis rencontrés lors de mes années d’études (il faudrait que je le refasse parce que les deux tiers des photos sont tombées !) Malgré mes envies de changement, je ne pense pas que cela se réalisera avant mon départ définitif de la maison. Il y a d’autres chantiers en cours avant, comme refaire la chambre de mon autre frère, faire des travaux dans le jardin... Ma chambre est secondaire, mes parents me répondent à la négative pour changer mes meubles, en mode « où vas-tu caser un lit deux places dans ton bazar ? » Depuis un an, ma chambre est statique, dans l’attente d’un nouveau départ. Je sais que beaucoup de choses resteront en l’état. Mes livres, ma chaîne-hifi partiront avec moi. Mon lit sera peut-être changé pour un canapé deux places, pour me recevoir plus tard. J’aurai beaucoup de tri à faire dans mes affaires, je ne pense pas que mes parents seront d’accord pour que je laisse ma chambre dans le bordel actuel où elle se trouve ! Ma chambre caractérise peut-être mon état d’esprit : l’envie de changement, mais une incapacité de le mettre en œuvre. C’est rassurant dans un sens de voir que les choses restent comme elles le sont, malgré l’avancée. Néanmoins, cette question qui me permet de regarder ma chambre autrement me donne sérieusement envie d’un grand ménage !

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Ce que Auriane voit depuis son lit.



Gardes-tu tous tes livres  (et si « non », lesquels gardes-tu ?) ? Quel genre de livres aimes-tu lire ? Veux-tu parler d'un livre auquel tu tiens particulièrement ?
Serais-tu d'accord pour sélectionner une chose (un objet, une image, ou toute autre chose…) dans ta chambre, que tu as depuis vraiment très longtemps, et de nous raconter son histoire et les souvenirs qu'elle t'évoque ? Dans quelles circonstances cette chose est-elle entrée dans ta vie ? Des pensées que tu as eues en la regardant, un jour ? Une anecdote qui lui est liée ?
As-tu dans ta chambre une chose qui symbolise ta vie de femme indépendante qui se profile ? Si oui, tu veux en parler ?

Oh non, je ne garde pas tous mes livres ! J’en ai eu beaucoup lors de mes études « prépa », avec des livres très spécifiques en littérature, en philosophie... Ce sont des livres que j’ai à peine ouverts faute de temps et qui ne m’intéressent pas spécialement. J’ai préféré les revendre et rendre l’argent à mes parents qui me les avaient payés. J’ai gardé des livres d’histoire, de géographie, des classiques de littérature que je lirai peut-être un jour mais dont je n’éprouve pas l’envie pour le moment. Autres que mes livres en rapport avec mes cours, j’en ai certains que j’ai depuis des années, que j’ai gardés parce que je les avais aimés. Des livres de mon enfance et de mon adolescence aussi : les Harry Potter, la série « 4 filles et un jean », celle de « Gossip Girl » (qui a inspiré la série télévisuelle). J’ai des bandes dessinées aussi : la collection de Cédric, un début de collection des Spirou, des Nombrils, des Nelson. J’étais abonnée au magazine Spirou à la fin de mes années collège et pendant une grande partie de mes années lycée ! En fait, j’ai toujours aimé lire depuis toute petite, et pourtant aujourd’hui je ne lis pas tant que ça. J’ai un rapport boulimique à la lecture : quand je me plonge dans un livre, je n’arrive pas à en décoller jusqu’à la fin. Je peux passer des journées à ça, c’est assez prenant et quand j’en sors, j’ai du mal à m’y remettre. Je lis le journal Le Monde aussi. Pas tous les jours, mais ça me permet de rester au fait de l’actualité, d’apprendre des choses. Si je ne devais retenir qu’un livre, ça serait mon préféré, La Nuit juste avant les forêts, de Bernard-Marie Koltès. Mon professeur de lettres modernes nous l’avait fait lire lors de ma première année de prépa. C’est un monologue assez court qui a pour particularité de n’avoir aucun point de ponctuation. Je ne saurais pas expliquer pourquoi ce livre me plaît tant. On se sent aspiré dedans, pris dans le tourbillon du récit qui apparaît assez décousu. L’histoire d’un homme étranger qui se retrouve à la rue, qui cherche à converser avec d’autres, qui se souvient. A la fin de ma première lecture, j’en ai pleuré. Et j’ai vu des adaptations théâtrales. Je l’ai relu plusieurs fois depuis, mais rien ne remplacera la découverte, la première fois où je l’ai lu.

 Je choisis ma tirelire comme objet. Je ne me souviens plus du moment où elle est entrée dans ma vie. C’était peut-être un cadeau de naissance. Elle représente un ours habillé en bébé avec un biberon dans son bras gauche. Avec dans le dos la fente pour mettre les pièces et un trou sur le socle pour les retirer. Cette tirelire était auparavant sur l’étagère la plus haute de mon armoire. Elle l’a partagée pendant un temps avec la tirelire coccinelle de mon petit frère. Je ne me rappelle plus trop y avoir mis de l’argent, mais elle était pleine. Un jour, j’ai décidé avec mon frère de la vider pour mettre les pièces dans mon porte-monnaie. Pas tout d’un coup, mais en une matinée, j’ai peut-être retiré quelques pièces en plusieurs quarts d’heure. J’avais fait pareil avec la coccinelle de mon frère pour lui donner. Mais ce dernier n’a pas su tenir sa langue et a dit à mes parents mon méfait. Je me souviens avoir pris un coup de baguette de pain sur le bras par ma mère pour me punir ! Et tout a été remis dans ma tirelire, avec interdiction d’y toucher. Je ne sais plus quand j’y ai eu de nouveau accès. J’y mettais mes pièces et leur valeur sur un papier que je rangeais dans la tirelire. Mais une fois définitivement vidée pour mes plaisirs adolescents (un vernis à ongles, un magazine avec mes stars préférées...), la tirelire est toujours restée sur son étagère. Je n’ai jamais pensé à la retirer, à la donner. Je la trouve jolie, mais je sais aussi qu’elle ne me suivra pas dans mes futurs déménagements. Elle appartient à mon enfance, à l’apprentissage de l’argent et sa valeur, et je trouve que sa place est très bien sur son étagère. Peut-être que je la garderai pour mes enfants, si j’en ai un jour.

 À l’inverse, je n’ai pas trouvé quelque chose dans ma chambre qui caractériserait mon indépendance. J’ai une chaîne-hifi depuis mes 10 ans. Mon ordinateur portable depuis mon bac, une imprimante. Mais ces objets ne sont pas à mes yeux valeur d’indépendance. Ce seraient plutôt d’autres objets qui caractériseraient mon indépendance, mais qui ne sont pas visibles car rangés : une poêle, ma balance électronique pour cuisiner, ma spatule en plastique... Je les ai acquis lors de ma dernière semi-indépendance et ils me seront d’une grande utilité le jour où je m’installerai définitivement. En y réfléchissant plus, les vrais objets se cachent dans mon sac à main : mon Pass Navigo pour prendre les transports en commun et me déplacer comme je veux en Île-de-France pour sortir, voir mes amis ; mon permis de conduire, qui ne me sert pas trop en ce moment, mais que je sais tellement important quand je vois mes amis galérer pour avoir le leur ou quand il est précisé sur les offres d’emploi auxquelles je postule ; et ma carte bancaire, qui me permettra de faire des achats de plus en plus importants je l’espère. Ça fait une belle transition avec la tirelire non ?

 Quant à ma chambre, pour qu’elle soit plus en adéquation avec ma personnalité d’aujourd’hui, il faudrait que tous mes cours soient rangés correctement dans des cartons, que mes placards ne débordent plus d’affaires scolaires. Que je fasse du tri dans mes journaux qui s’accumulent mais que je n’ai pas à cœur de jeter parce qu’il y a peut-être des articles que j’ai envie de lire dedans (mais c’est difficile de lire un quotidien quotidiennement !) J’ai envie d’une plus grande armoire pour mieux stocker mes fringues. Un lit deux places. Une nouvelle décoration sur les murs. Mais ce n’est pas la priorité de mes parents de refaire ma chambre, leur excuse pour ne pas céder à mes envies d’ameublement est « ta chambre est trop en bazar, tu n’as pas de place pour un lit deux places ! ». Donc ma priorité serait surtout de ranger, mais il y a tellement d’autres choses mieux à faire dans la vie !

 Mon futur chez moi, je l’imagine en banlieue, dans une ville. Pas à Paris. Paris c’est joli, c’est hyper bien connecté niveau transports, on trouve tous les commerces que l’on veut, mais c’est beaucoup trop cher. Mon lieu d’installation dépendra surtout de mon futur travail. Dernièrement, avec mes récentes réponses à offres, je me voyais à Juvisy-sur-Orge : dans l’Essonne (le département où j’ai toujours vécu), dans la Métropole du Grand Paris (depuis janvier), à 15 minutes du centre de Paris en RER, 25 minutes de chez mes parents dans l’autre sens. Mais dans une ville, avec les zones commerciales que j’ai fréquentées accessibles. J’ai bien aimé habiter Noisy-le-Grand aussi pendant ma dernière année d’études : je pouvais m’y débrouiller avec juste les transports en commun, être proche de Paris, habiter en Seine-Saint-Denis, avoir les commerces et la fac pas trop loin... Mon logement serait un petit appartement, une pièce ou deux selon mes moyens financiers. Si je sais que j’y resterai un certain moment, je le décorerai peut-être, mais je n’ai pas encore eu le temps d’y penser. Il serait fonctionnel, et je veillerai à ne pas accumuler autant de bazar que dans ma chambre !

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 La tirelire.



Comment investis-tu le reste de la maison ? Te sens-tu encore « chez toi » après avoir habité dans des vrais chez-toi à plusieurs reprises ? Arrives-tu à te servir des pièces et des objets comme bon te semble, à mettre ta musique dans le salon, à préparer un repas toi-même, ce genre de choses ? Te sens-tu « adulte parmi d'autres adultes » (tes parents, tes frères), ou bien te sens-tu inexorablement revenir à ta place d'enfant et de sœur ?


Dans l’ensemble, je me sens encore chez moi. C’est ma maison, là où j'ai vécu la plus grande partie de ma vie. Ma chambre est ma pièce à vivre, celle que je peux personnaliser, et par la force des choses, celle où je suis le plus souvent. En journée, je suis très rarement dans une autre pièce que ma chambre parce que c’est là que se trouve tout ce dont j’ai besoin pour m’occuper. J’ai mon ordinateur, ma chaîne-hifi pour écouter ma musique. Si je veux regarder quelque chose à la télé, j’utilise le plus souvent mon ordinateur pour le direct ou le replay. Cette conception s’explique par le fait que je suis rarement seule chez moi. Ma mère ne travaille pas, par choix, et elle investit le rez-de-chaussée. Contrairement à moi, sa chambre lui sert seulement pour dormir. Le reste du temps, elle travaille sur l’ordinateur dans la chambre d’amis, elle s’occupe de la cuisine, elle coud, elle regarde la télé, etc. Et elle est souvent dans le salon-salle à manger. Donc je reste dans ma chambre, peut-être pour ne pas la déranger, ne pas empiéter sur ses activités. Ce n’est pas mon style de passer la journée devant la télévision, et si je le faisais dans le salon, j’aurais peur de son regard, qu’elle me juge parce que je suis oisive alors que je devrais être à fond dans ma recherche d’emploi. Dans ma chambre, elle ne sait pas ce que je fais. D’une certaine manière, j’échappe à son contrôle, à son jugement. Mais on se retrouve au moment des repas, quand je l’aide à préparer, à mettre la table, et lorsque l’on mange ensemble. Ça peut paraître un peu associable de ne pas être toujours avec sa famille, je sais que certains amis le vivent d’une manière complètement différente de la mienne. Je pense qu’il faut un juste milieu, et pour moi, le plus important, c’est que l’on se retrouve pour manger tous ensemble, à l’occasion regarder un film à la télé, en soirée, réunis. Et l’hiver, profiter de la chaleur de la cheminée dans le salon !

J’ai des tâches qui m’obligent à prendre ma part de responsabilités au sein de la cellule familiale. Je dois nettoyer de temps en temps la salle de bain et les toilettes que je partage presque exclusivement avec l’un de mes frères, je mets la table, je débarrasse le lave-vaisselle. Parfois, je me propose pour faire un repas. Mais, et c’est quelque chose dont je me suis déjà fait la remarque avant que tu ne me poses la question, j’ai du mal à prendre des initiatives pour soulager la charge de mes parents. Ça vient en partie de ma mère, qui aime gérer les choses comme elle le veut chez elle. Par exemple, je m’occupe très rarement de mon linge, parce que ma mère fait des machines à laver familiales, elle repasse les vêtements de tout le monde en même temps. Elle me reproche de ne pas l’aider sur cette dernière tâche par exemple. À l’inverse, si je décide de l’aider mais que je ne fais pas comme elle a l’habitude de faire, je me prends des remarques négatives. J’ai eu cette impression quand elle m’a laissé la maison seule pour la première fois alors que le reste de la famille partait en vacances. J’étais en auto-gestion : je faisais mes machines, je mettais en route le lave-vaisselle, je cuisinais. Quand elle est revenue, ça ne me dérangeait pas de continuer ces tâches, par exemple étendre le linge sur le séchoir. Sauf que la manière que j’employais ne lui plaisait pas, et elle se sentait obligée de passer derrière moi. C’est un peu facile de laisser tomber, de ne pas aider, mais c’est compliqué aussi de voir que, malgré tous les efforts que l’on fait, on ne satisfait pas la personne. Et il n’y a pas qu’une manière de bien faire, mais ma mère a un peu de mal à le comprendre. Sur ce point-là, je n’arrive pas à faire valoir mes initiatives. Je m’impose un peu plus en cuisine. Il m’est arrivé quelquefois de préparer le repas sans concerter ma mère auparavant sur ce qu’elle avait prévu initialement de servir. Mais c’est très rare. Car comme toutes les autres tâches, ma mère gère le contenu de son frigo, et il n’est pas question d’utiliser un ingrédient si elle avait prévu de le cuisiner autrement ! Je sais qu’elle aime quand je prends des initiatives, surtout quand elle ne sait pas quoi faire à manger. Mais ce n’est jamais simple de lui faire accepter... Malgré le fait que je ne m’implique pas trop chez moi, je me suis toujours pas trop mal débrouillée, que ce soit lorsque j’étais étudiante ou de « gardiennage maison ». Je ne me fais pas trop de soucis pour l’avenir.

Par contre, et ça découle sûrement de mon analyse précédente, je suis encore complètement enfermée dans un rôle d’enfant et de sœur. Je ne suis pas encore « adulte » pour toutes les raisons invoquées précédemment : manque d’autonomie financière, d’indépendance dans mes déplacements, etc. Je suis souvent ramenée à ma situation précaire par ma famille, notamment par mes frères qui touchent un salaire dans le cadre de leur alternance. Même vis-à-vis de ma sœur, qui a sa vie de famille, je ne me sentirai jamais comme une « égale » tant que je ne serai pas indépendante. Je sais que je n’aurai de conversation d’égale à égale avec ma mère que lorsque je ferai ma vie sans son aide, ou que j’aurai des enfants (si j’en ai un jour). Parce qu’à partir de ce moment, on aura des choses à comparer, des expériences à partager. Elle le vit avec ma sœur, donc j’espère bien que mon tour arrivera un jour ! On a tous des vies différentes, chacun va à son propre rythme, mais je sens bien que je ne serai jamais prise totalement au sérieux, je n’aurai pas le droit de donner mon avis sur la vie si je n’acquiers pas plus de légitimité, par le travail, par l’indépendance immobilière, par la vie en couple. Dans un autre sens, on sera toujours l’enfant de nos parents, le frère ou la sœur de quelqu’un. Ce n’est pas parce que l’on quitte la maison que notre image change d’un coup, surtout vis-à-vis de de nos proches. Et on aura toujours besoin des conseils des uns et des autres pour se construire et avancer.

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Vue par la fenêtre de la chambre d'Auriane.
 

Qu'est-ce-qui a changé, depuis tes années de lycéenne (avant que tu partes de chez tes parents), dans ton rapport à votre maison (qui était entièrement tienne quand tu étais lycéenne, et qui est tienne maintenant uniquement par la force des choses - tu vois ce que je veux dire ?) ? Y a-t-il des choses que tu te permettais et que tu ne te permets plus ? Et au contraire des choses que tu n'y faisais pas et que tu y fais maintenant ? Qu'est-ce-qui va te manquer, de cette maison, le jour où tu la quitteras pour ton chez-toi ? Et qu'est-ce-qui ne va pas du tout te manquer ? Quels sont les autres endroits où tu te sens bien, où tu as éventuellement tes habitudes ? As-tu des repères, des cafés, parc, chemins, places, appartements d'amis où tu te sens à la bonne place ? Quelles sont les caractéristiques de ces endroits ? Ont-ils des points communs ?

Je n’ai pas l’impression que mon rapport à ma maison ait beaucoup évolué. Je n’ai pas connu de vraies coupures, car même pendant mes années à Versailles et Noisy, je revenais quasiment tous les week-ends et pendant les vacances. La maison a changé entre temps, mes parents ont refait tout le salon - salle à manger quand j’étais en prépa. Comme c’est la pièce à vivre de la maison, elle a été rendue plus agréable, mais j’ai très vite repris mes habitudes. J’ai même eu de la chance que les travaux aient eu lieu pendant mon absence, comme ça j’étais moins gênée dans le quotidien. S’il y a eu du changement, c’est plutôt par rapport à l’extérieur de la maison : je continue d’appeler le supermarché à côté de chez moi Champion au lieu de Carrefour Market (je crois que le changement de nom a dû avoir lieu pendant mes années prépa, je ne m’y suis jamais faite !), ou mon village. Ça faisait bizarre de recroiser des gens avec qui j’avais grandi, qui continuaient à fréquenter les lieux alentours, leurs amis du collège, alors que pour ma part, je me suis fait mes vrais amis en prépa, mes lieux de sortie ont changé. Mais c’est un autre sujet, je vais reprendre le fil de ta question !

Je ne pense pas que mon quotidien ait changé vis-à-vis du lieu. J’ai dû adapter mon attitude envers mes proches par contre. Aux différents « retours » de mon indépendance, j’ai été traitée d’égoïste dans ma manière d’agir, peut-être par l’habitude d’avoir vécu seule et de retourner dans un endroit de partage. Ces réflexions étaient faites par rapport à la nourriture, au ménage (j’ai eu une relation très conflictuelle avec mon petit frère dans les mois qui ont suivi mon retour de Noisy). Je fais moins de tâches extérieures qu’auparavant aussi, comme ranger le bois pour faire fonctionner la cheminée l’hiver. Mais ça reste anecdotique. Mon quotidien s’est stabilisé depuis, et la prochaine étape sera le départ. Ce qui me manquera, ce sera évidemment l’espace. Ce ne sera pas forcément facile de passer d’une grande maison avec jardin à un appartement. Quoique, je n’étais pas devenue claustrophobe non plus lors de mes expériences en chambres d’étudiant ! Il y a aussi le fait de trouver tout ce que je veux dans la maison : j’ai besoin d’un médicament spécifique, je regarde dans l’armoire à pharmacie ; je veux faire une charlotte aux fruits, je trouve le moule, les ingrédients et le matériel nécessaires. Alors qu’une fois seule chez moi, il faudra que je me constitue mes affaires. Et puis les bons petits plats de maman, la cheminée en hiver... Pour ce qui ne me manquera pas, ce n’est pas matériel, c’est le contrôle parental ! Dormir, manger, sortir à l’heure que je veux, arrêter de me justifier sur mes actions, ne pas me prendre de réflexions pour un oui ou pour un non... Je crois que c’est ce qui motive la plupart d’entre nous à quitter rapidement le domicile familial. Même si on les aime, nos parents !

Je me rends compte par ta question que je ne fréquente pas tant d’endroits que ça. Ça m’arrive de passer quelques jours chez ma sœur, qui n’a pas un mode de vie aussi réglé que mes parents. Donc ça a un côté agréable de ne pas être soumis aux mêmes habitudes. Ça m’arrive de squatter chez des amis quand on fait des fêtes ou que l’on sort tard le soir. Mais la plupart habitent encore chez leurs parents, je m’y sens plus comme une invitée que comme une habituée. Et puis ceux qui ont leur appart' y vivent souvent en couple, avec des petites surfaces habitables, c’est difficile de trouver une place. Mon rêve est de pouvoir recevoir mes amis ou être invitée par eux pour des apéros dînatoires, des soirées vin / fromage / charcuterie, se raconter nos vies jusqu’au bout de la nuit. J’espère bien que cela se réalisera un jour ! En termes de lieux publics, mes endroits préférés varient en fonction de mes humeurs, de la saison, des amis avec qui je suis. Je suis souvent à Paris, près du centre. C’était pour la plupart d’entre nous le lieu de nos études, et c’est assez pratique pour s’y retrouver, comme on vient des quatre coins de l’Île-de-France. J’ai mon salon de thé préféré, pas loin du Jardin du Luxembourg et en face de mon ancienne fac. Pendant un temps, j’y retrouvais mes amies au moins une fois par semaine. Ces moments se sont raréfiés quand j’ai changé de fac, on y va moins en été parce qu’on préfère aller boire un verre ou pique-niquer sur les quais de Seine que déguster un thé chaud. Mais j’essaye toujours d’y entraîner mes amis quand le froid revient. Les thés et pâtisseries y sont délicieux, la patronne est super sympa, et l’endroit chaleureux. Je fréquente les parcs alentours, les boutiques et restos du coin. J’ai aussi mes habitudes près de Montparnasse, aussi un lieu central pour le transport. Dans des restos de raclette. Dans un bar-boîte à Denfert où j’ai fait quelques belles nuits en début d’été. Je ne suis pas attachée à des lieux en particulier, ce sont plutôt les personnes avec qui j’y suis qui les rendent exceptionnels et formateurs de bons souvenirs. Ça répond un peu aux dernières questions. Il y a des lieux où je reviens un peu plus souvent par habitude. Ou parce qu’ils correspondent à des moments particuliers, comme les vitrines des grands magasins et le marché des Champs-Élysées à Noël, ou les zones commerciales près de chez moi au moment des soldes. Mais je n’ai pas de ville préférée, d’endroits où je me dis que c’est là, en ce point, que j’écrirai les pages suivantes de ma vie.



Où peut-on te croiser par hasard ?

Dans les transports en commun ! Et en particulier la ligne C, de Marolles-en-Hurepoix à Paris, et à l'occasion jusqu'à Versailles et Saint-Quentin-en-Yvelines.

Posté par couac couac à 10:47 - - Commentaires [2] - Permalien [#]